Interview. Antoine Tranchant, ingénieur énergie à l'ADEME
" Une des priorités de l'ADEME est la performance énergétique... "
ADEME - Délégation régionale Île-de-France,
Une priorité, la très haute performance énergétique
L’ADEME, Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie, est un établissement public à caractère industriel et commercial, placé sous la tutelle conjointe des ministères de l'Écologie, du développement et de l'aménagement durables. Antoine Tranchant, ingénieur énergie à l’ADEME, Délégation régionale Île-de-France, nous en dit plus sur sa mission. Interview.
AME Construction : Sur le registre de la maîtrise de l’énergie, quel peut être le rôle de l’ADEME ? Antoine Tranchant : Une des priorités de l’ADEME est la performance énergétique, en particulier dans le cadre de la HQE®. Au niveau technique, nous diffusons des conseils : méthodologie, fonctionnement et validation des cahiers des charges, et éditons des brochures et guides sur la qualité environnementale du bâtiment. Au niveau financier, nous intervenons dans l’attribution de subventions sur des opérations d’assistance à maitrise d’ouvrage HQE® ou « AMO HQE® », à hauteur maximale de
75 000 € et 50 % du coût. Il s’agit d’une aide appuyée à la conception (comportant une étude approfondie des aspects énergétiques dans le cas de l’Île-de-France).
Sur quels critères intervenez-vous ? Celui de la performance énergétique. Pour la délégation régionale Île-de-France, il doit s’agir d’un projet de type THPE (très haute performance énergétique), soit 20 % au-delà des exigences de la RT 2005. L’AMO doit intervenir à temps dans le projet pour que le choix du bureau d’études soit respecté (au plus tard après la fin de la phase Esquisse). Si l’ADEME se penche particulièrement sur la performance énergétique, l’AMO peut assurer un suivi sur l’ensemble des cibles HQE®, sans obligation d’arriver à la certification. L’objectif est la qualité environnementale avec un focus sur l’énergie. Les principaux critères d’aide sont cette priorité accordée à la maîtrise de l’énergie ainsi que la période durant laquelle l’AMO HQE® travaille sur le projet (de l’APS jusqu’ la livraison du bâtiment puis en effectuant un suivi des performances de 2 ans).
Les critères de la RT 2005 semblent donc trop peu exigeants aux yeux de l’ADEME ? Nous avons choisi, au sein de la Délégation régionale Île-de-France, d’instituer le critère de THPE pour présélectionner les dossiers. Chaque région a ses critères. Nombreux sont les maîtres d’œuvre qui se sentent démunis par rapport à la RT 2005 : ils sont prêts à aller plus loin, mais ils manquent de solutions techniques adaptées.
Le bâtiment doit se conformer à la RT 2005, mais cette contrainte entraîne un changement dans la façon de travailler. Tout le monde n’y est pas forcément prêt ! Les solutions techniques nécessaires exigent un certain investissement. Certaines solutions techniques n’existent pas encore, par exemple sur les registres de l’isolation extérieure ou de la qualité de mise en œuvre. Ceci étant, la RT 2005 a pour objectif de lancer une dynamique de performance. Les professionnels ayant du mal à s’approprier cette réglementation, il ne fallait pas être trop contraignant au départ pour favoriser la mise en place progressive de solutions. De surcroît, le Plan Climat national prévoit que cette réglementation thermique devienne de plus en plus contraignante tous les 5 ans.
Les ingénieurs de l’ADEME suivent-ils eux-mêmes ces projets ? C’est le bureau d’études spécialisé en HQE® qui fait l’analyse environnementale du site, de manière à dégager les grands axes et les bonnes solutions. L’AMO HQE est à l’interface entre les différentes parties prenantes. L’ADEME vérifie la bonne marche de l’opération. Le livret de bord HQE® sert à assurer le suivi des différentes phases. L’ADEME a établi un cahier des charges pour l’AMO HQE® qui définit un cadre de travail identique pour toutes les opérations. Le BET doit l’adapter aux contraintes spécifiques du site.
Quelles opérations emblématiques la Délégation régionale Île-de-France de l’ADEME a-t-elle suivies et peut-elle encourager ? La Délégation régionale a contribué à des projets tels que le pôle administratif des Mureaux, 1er site certifié NF Bâtiment tertiaire - Démarche HQE®, la résidence Maryse Bastié de l’OPHLM de Montreuil, le siège de Bouygues à Paris ou le bâtiment 270 Icade/EMGP. Elle peut subventionner des opérations inédites et exemplaires qui ouvrent la voie à des solutions innovantes et reproductibles. Enfin, elle contribue au financement du programme de recherche sur l’énergie dans le bâtiment, PREBAT.
Quid du rôle de l’ADEME pour la rénovation ? L’ADEME n’a de marge de manœuvre que dans un cadre référentiel. Mais la HQE® concerne aussi la réhabilitation de certains bâtiments et pour l’existant, une réglementation thermique est en cours d’élaboration.
Le monde du bâtiment est-il suffisamment sensibilisé aux objectifs de l’ADEME ? L’objectif est le facteur 4* ! Cela nécessite un changement de politique globale auquel l’Agence contribue par des actions concrètes. Certains professionnels du bâtiment sont encore démunis et peu sensibilisés. D’autres sont prêts. Les architectes veulent bien faire, sans toujours être experts en matière d’énergie, ni prêts à restreindre leurs prérogatives. Chez les industriels, la recherche se met en place. D’excellentes technologies sont disponibles. Des bureaux d’études obtiennent des résultats du niveau RT 2020 (BET Pouget Consultants) ! Des artisans sont aussi prêts à relever le défi.
Propos recueillis par Sophie Dumoulin
*Facteur 4 : division par 4 des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050.
